Maroc  : mobilisation contre la privatisation de l’eau27/03/20242024Journal/medias/journalnumero/images/2024/03/une_2904.jpg.445x577_q85_box-0%2C132%2C1383%2C1926_crop_detail.jpg

Dans le monde

Maroc  : mobilisation contre la privatisation de l’eau

Depuis le mois de novembre 2023, les habitants de la ville de Figuig, oasis du sud-est du Maroc, proche de la frontière algérienne, protestent massivement contre la décision du conseil municipal de confier la gestion de l’eau et de l’électricité de la ville à une société anonyme, le groupe Al-Sharq Distribution.

Les habitants craignent à terme une augmentation du prix de l’eau potable et veulent que la gestion de l’eau reste en régie communale. Le projet répond à une réforme de 2021 qui, sous couvert de régionalisation des compétences de la gestion de l’eau, de l’assainissement des liquides et de l’électricité, prévoit des « sociétés régionales multi-services » (SMR). Elle est menée par le ministère de l’Intérieur qui a les communes sous sa tutelle. Ces sociétés anonymes intégrant des établissements publics et des collectivités territoriales permettront surtout une ouverture au secteur privé. C’est un marché qui s’ouvre pour les Suez et Veolia, très présents sur le marché de l’eau au Maroc, et autres compagnies d’assurance et fonds d’investissement marocains ou européens.

En novembre, le conseil communal de Figuig avait refusé le projet mais, vite rappelé à l’ordre par le préfet de la région, il l’a finalement adopté. Les habitants, eux, ont immédiatement réagi. Des manifestations se sont succédé, marches ou sit-in à Figuig même et sur la capitale régionale, Oujda, à 400 km. Elles animent ce « Mouvement pour l’eau », quotidiennement, rythmées par de nombreux slogans comme : « L’eau de Figuig n’est pas à vendre », « Ce que l’on veut, on l’aura ! »

Les femmes constituent le gros des manifestants, conscientes que cette réforme s’attaque à des familles minées par la pauvreté, qu’accentue la cherté de la vie. Dans les villes où la distribution de l’eau et de l’électricité a été concédée à des entreprises privées comme Lydec, filiale de Suez, et Amendis, filiale de Veolia, les classes populaires voient d’année en année le prix des factures augmenter.

En février, la colère est montée d’un cran quand deux figures de la protestation ont été arrêtées : Mohamed Brahimi et Halima Zaid ont été condamnés respectivement à huit mois de prison ferme et six mois avec sursis et plusieurs centaines d’euros d’amendes à eux deux. Ils sont accusés d’outrage à agent public, incitation aux délits et crimes sans effet et participation à un rassemblement non autorisé.

Les manifestants sont déterminés à ne pas céder malgré la répression et à faire abandonner le projet en ne comptant avec raison que sur leur propre mobilisation.

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